"Être Artiste" - 2/9

“ Le Temps passe, et nous n’avons toujours pas compris que le respect des différences n’est pas dans l’imposition de l’une à l’autre, à tous les autres ; Que le mot « différence » n’est pas un crime ni une discrimination,” (Extrait de "Humanité, espace, temps 02/04/2024" – Goodÿ),

Je ne vous ai pas oublié pour la suite de cette série, j’ai juste pris le temps de travailler ardument sur mes concepts philosophiques qui se diffusent dans mon travail d’Artiste auteur. Voulant comprendre mes rouages, pour vous transmettre mes pensées dans un futur proche. Car comprendre se déplace, doucement, comme un souffle quittant la tête pour rejoindre la matière. Il s’étend dans le monde, se mêlant à ce qu’il regarde, s’installant dans la respiration des choses, et, à force d’interroger, la pensée s’efface un peu, laissant place à l’écoute, et là, le raisonnement s’ouvre en présence, glissant dans la mémoire du regard et dans la lumière du temps qui le traverse. Et dans ce mouvement d’un esprit devenu sensible, quelque chose commence à naître, une manière d’habiter la lumière ou, peut-être, d’entendre la lente syntaxe du réel.

C’est là, probablement, que l’art prend racine, dans cette transition invisible où le savoir se fait Souffle du regard.

S’interroger, encore et toujours est peut-être ce que je fais de mieux, une habitude ancienne, presque un rythme intérieur, qui vit en moi depuis l’enfance, où je m’émerveillais de la façon dont les choses existent et du mouvement qu’elles empruntent pour continuer d’être. Chaque jour, je regardais et regarde encore le temps respirer. Il s’étend dans la lumière, glisse dans la pierre, se dépose sur la peau des choses. Il change d’épaisseur, se tend, s’allège, revient à lui-même.

À chaque battement, il invente une autre manière d’exister passant d’un instant à un autre sans qu’aucune frontière ne les sépare. Le temps se plie, se déplie, reprend son souffle, et, à chaque aube, le soleil poursuit sa course, ouvrant une lumière nouvelle nous conduisant, chaque soir, se couchant ardent dans sa flamboyance qui s’estompe en une douceur inédite.

Dans ce mouvement, l’horizon s’éveille du chant des pipirites, respire de nos illusions, et se referme pour revenir sur le souvenir de l’aube différente dans son cycle perpétuel. Le vent se lève, passe dans les feuillages, caresse la mer, murmure à la terre, parfois la grondant. Dans son passage, il rassemble ce qui s’était dispersé, transporte les semences, lisse les blessures de la peau invisible d’où glisse les nus âges.

Au milieu de cette circulation, j’écoute le monde qui nous parle dans une langue dont nous avons oublié l’alphabet : la vibration d’une aile, la chute d’un grain de poussière, le froissement du jour contre l’ombre, la lumière qui circule. Alors, nous avons inventé des mots que nous utilisons comme traces de cette parole première. Ils gardent, au fond d’eux, la chaleur de ceux qui les ont dits, l’écho de ceux qui les ont entendus, la mémoire de ce qu’ils désignent, vivants de ce souffle qui les traverse et qui, parfois, les réveille.

Être artiste c’est, je le pense ainsi, s’approcher de ce lieu où le langage n’a pas encore choisi sa forme. C’est laisser venir à l’acte créatif la rumeur du monde, avant qu’elle ne devienne discours, en marchant dans le souvenir de la lumière, avant que son passage s’évanouisse dans les maux. L’artiste écoute le silence se transformer, transmuant les champs de fréquences d’une vibration à une autre, en leur permettant de poursuivre le chemin à travers lui qui accepte de les poser dans une langue qui se vit : L’œuvre d’art.

Le temps s’ouvre alors sur la différence des êtres qui résonne comme une nuance du même souffle, un espace d’attention accueillant dans cette présence où chaque être trouve sa place. L’artiste, il me semble, perçoit cette nuance, la suit, la prolonge dans son geste faisant vibrer l’air, respirer la matière tout en caressant la mémoire diaphane de sa composition.

Et quand revient la lumière qui s’incline et que la nuit s’avance, le monde garde encore ce frémissement tranquille où tout respire dans un dialogue porté par le vent qui frôle la pierre, dégage le ciel et allège nos pensées.


Goodÿ – 07/11/2025

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