Naître pour mourir

Les couleurs sont la vie et je les dessine sur la toile tendue pour emmener tout un chacun à s’interroger à son tour sur la vie, sur sa vie.

Goodÿ - Gilles Eugène Extrait intervention de Goodÿ, rencontre débat du CFC, l'Harmonie des couleurs - 2022

 

Une petite parole que mon père nous disait à propos de l'existence. Non pas comme une fatalité, mais comme un hommage à la vie. La vie, cette durée que nous passons ici, retenue par la gravité du centre d'une sphère que nous tentons de mesurer par nos outils tout aussi limités que pertinents pour notre esprit cartésien. Le haut – le bas, la droite – la gauche, devant – derrière... quelle est la logique dans une sphère qui, parait-il, tourne sur elle-même autour de son axe "central" et autour du soleil dans un univers rempli d'espaces.

Cette petite parole de mon père, je l'ai toujours vécue comme un devenir permanent, une responsabilité particulière qui nous est allouée à chacun. Un cheminement rempli de choix qui détermineront la manière dont nous marcherons vers cet autre état de l'être : ce que nous appelons la mort et que nombreux définissent comme la fin de la vie. Est-ce une fin ou un commencement ? Ni l'un ni l'autre en réalité, juste une autre de nos nombreuses dualités d'humain qui cherche des réponses en évitant de se perdre dans l'étendue des possibles. Se rassurer tout en se mettant en danger, prendre des risques, dit-on, mais mesurés toutefois.

Cette parole, "on naît pour mourir", est un moteur d'existence pour se réaliser sans peur, avec respect du souffle qui nous anime, du feu qui nous alimente, de la poussière qui nous construit et de l'eau qui nous maintient. Pour avancer chaque jour le jour en se projetant. Pour profiter du Temps et vivre l'Espace. Selon notre degré de conscience du monde et de l'univers, ce sont les deux points qu'on ne choisit pas : Naître et mourir ; du moins pour l'instant, car au vu de l'évolution des sciences, cela pourrait changer. Certains diront que nous sommes des êtres "ré-in-carnés", donc qu'est-ce qui est mort ?

"On naît pour mourir", c'est comme "Cogito ergo sum". À ces paroles, et pour rester dans la tradition duale de notre état, je réponds avec mes paroles "On ne meurt qu'une fois par vie" et pour l'autre, je réponds "Sed quid sum?".

Ma mère ne cessait de me répéter "on jou zòt ké manman va !" parfois avec tristesse, parfois en colère, parfois sereinement. Aujourd'hui, je suis père et je comprends le poids de cette parole. Les sacrifices, les choix, les compromis, les joies, les responsabilités et tout cela, en gardant sa dignité, la tête haute, sans courber l'échine, ni prêter le flanc. Cette parole résonne en moi chaque jour le jour en me projetant.

Aujourd'hui, grâce à eux, je suis né, un jour à 18 h, ce jour d'aujourd'hui, il y a maintenant 49 ans. Et chaque jour le jour, en me projetant, j'écoute leurs paroles, en parlant à mon tour à ceux, qu'avec la complicité de mon épouse, nous avons donné existence.

Je pense que la vie, l'existence que nous appelons ainsi, est un cycle qui tourne sur l'axe du Temps et dont le centre se déplace sur l'Espace. Un mouvement non pas répétitif, mais ondulatoire, ni spiralé, ni circulaire. Car un cycle n'est pas forcément circulaire, à mon sens.

Au commencement était le verbe, dit-on dans certaines cultures, mais avons-nous pleinement conscience du sens de ce qui est dit ici ?

Merci Maman, merci Papa.

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