Pourquoi cette œuvre relève d’une architecture des forces
La composition repose sur plusieurs foyers de gravité qui ne cessent de dialoguer.
Un grand volume bleu gris, situé vers la droite, agit comme masse dominante,
tandis qu’un large noyau circulaire plus sombre, en bas à gauche,
installe une autre poussée, plus ouverte, plus abyssale, presque orbitale.
L’espace ne se distribue donc pas depuis un centre unique :
il se construit par pluralité de centres, par tensions et par contrepoids.
Les rouges, les noirs, les jaunes sourds, les blancs brumeux et les bleus assourdis
n’y fonctionnent pas comme simple couleur expressive.
Ils structurent la circulation interne de la toile :
percées, interruptions, ligatures, halos, suspensions, retombées.
Certaines lignes fines, presque filaires, tracent des relations provisoires
entre les masses, comme si la peinture enregistrait la tentative
toujours recommencée d’ordonner ce qui déborde.
Ordo Ab Chaos peut ainsi être lu comme une peinture de genèse conflictuelle :
non l’opposition simple entre ordre et désordre,
mais le moment où une structure surgit dans la turbulence,
s’y maintient, s’y expose et s’y transforme.